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mardi 29 mars 2016

Nom de code: Projet333



Le Projet 333 a été inventé par une américaine,  Courtney du site Be more with Less.
Dans la forme c’est une histoire de tri, dans le fond une histoire de Minimalisme.
Il s’agit de s’habiller avec 33 vêtements (chaussures/accessoires) pendant 3 mois.
Ca a l’air hyper difficile comme ça mais en fait c’est très simple puisque nous ne portons que 20% de notre garde-robe. Donc si vous avez 100 fringues et accessoires, 33 vêtements c’est 30% !! Haha !

Pourquoi faire ?
1) Gagner du temps le matin : plus on a de choses, plus le choix est compliqué et vous l'avez remarqué: moins on a de choses à se mettre!
2) Se débarrasser des « au cas où » une bonne fois pour toute !
Au cas où je deviendrais un jour demoiselle d’honneur ? Au cas où j’aime enfin le violet ? Au cas où Christian Grey m’emmène en hélicoptère? Si ma tante en avait…
3) Se faire du bien : trier sa maison c’est se libérer l’esprit, c'est reconnu!

Dans trois jours je me lance dans le Projet333 voilà comment j’ai procédé.
 

Attention : On ne compte pas les tenues de sports, maillots de bain, sous-vêtements, pyjamas, uniformes de travail et les bijoux (qu’on n’ôte jamais comme alliance, bague de fiançailles etc.)

1) J’ai vidé mon armoire et j’ai tout posé sur mon lit.  

a) J’ai remis dans l’armoire ce que j’aimais, ce que je portais souvent, ce qui me va bien donc les pièces reconduitent une année sur l'autre. Mes évidences : 15
b) Mais aussi les nouveautés achetées cet hiver ; quand on n’a pas le choix que de les porter c’est vraiment l’idéal pour les tester « sur le terrain »! Mes dernières acquisitions : 11
c) J’ai gardé aussi les pièces que je n’ai pas portées l’année dernière : si elles ne le sont pas durant ces trois mois, cela fera deux ans sans voir la lumière du jour, elles devront partir. Dernière chance : 2
d) J’ai choisi un manteau, une écharpe et quatre paires de chaussures. Les indispensables : 5

15+11+2+5=33 le compte y est!

3) J’ai mis dans un carton tout ce que je gardais mais ne remettrai pas avant l'hiver prochain. « Et si je gardais deux trois gros pulls… au cas où… ? » Pas question! Je garde un gros gilet, je mettrai un chemisier en dessous et un t-shirt ou deux en plus si il faut. 

Le carton a ensuite été fermé et ne sera plus ouvert. Il faut donc bien bien choisir ses vêtements et accessoires au préalable quitte à faire le tri plusieurs jours avant de commencer le challenge… Si une pièce sort de la sélection après le début du Projet333 elle ne peut être remplacée.

4) Les choses qui restent dont je ne veux plus je les donne à ma fille, les revends, vont chez une amie pour ses filles, Emmaus ou au recyclage.

Pas de place pour le sac à main, tant pis je n’en prendrai pas. « Mais comment fait elle ? » Quatre choses dans les poches seulement ! Si jamais je devais vraiment en avoir besoin et en prendre un, je supprimerai un article du projet et le remplacerai par le sac. C'est la seule porte de sortie que je m'autorise.

C'est idiot mais je ne sais pas si je vais tenir autant de temps avec si peu de choses, alors que je porte toujours les mêmes fringues! Et je suis certaine que vous vous dites les mêmes choses...!
 Au bout des trois mois je ferai le bilan. Qu’est ce que j’ai pas mis ? Qu’est ce que je n’aime plus ? Qu’est ce qui est trop grand ? Passé de mode ? Qu’est ce qui m’a manqué ? Qu’est ce que je peux plus voir ? Est ce que 33 est assez? Trois mois n'est-ce pas trop long? 

Dernière revue de paquetage dans deux jours...! 

Si vous souhaitez une autre idée au sujet du tri direction la capsule wardrobe de My Slow Life ici

A suivre. 


jeudi 17 mars 2016

Le Minimalisme passif.

Nous naissons minimalistes.
Les sourires et baisers de nos parents en plus des besoins vitaux, nous suffisent largement, même sans tous naitre sous la même étoile. Dans notre société d'hyper consommation, les distributeurs nous dévorent petit à petit avec une mécanique bien huilée appelée Marketting afin de nous faire dépenser au-delà de nos moyens 365 jours par an. "Vous êtes uniques... vous le valez bien... vous méritez le meilleur pour vous et vos enfants...!"

Il y a plusieurs mois, j'ai reçu comme cadeau le dernier téléphone d'Apple. Ecran large, grosse mémoire, léger comme une plume, des courbes à tomber, le rose: un petit bijou! Je n'ai pas exploité sa dernière version et ses capacités mais c'était un bel objet qui correspondait à toutes mes attentes.

Un vendredi, il n'y a pas si longtemps, j'ai quitté mon travail plutôt que prévu, j'ai donc décidé de me rendre au cinéma des Halles afin de voir enfin Demain, le film documentaire récemment césarisé. J'ai emprunté la ligne B du RER au départ de la gare du nord, Oats in the Water dans les oreilles. J'étais heureuse d'avoir enfin trouvé un créneau et un peu de temps pour moi.
En descendant du train, la musique s'est arrêtée. J'ai pensé ne plus avoir de batterie mais c'est lorsque j'ai vu le fil de mes écouteurs pendre devant moi que j'ai compris que mon téléphone avait disparu. Profitant de la foule, de ma main dans une autre poche et du son dans mes oreilles, quelqu'un a subtilisé mon iphone. Un quart de seconde je me suis sentie perdue.
J'ai mis plus de temps à retrouver la ligne pour revenir sur mes pas que de m'y rendre: la station Châtelet les Halles est aussi réputée pour être un vrai labyrinthe que pour ses multiples trafics! (Les Parisiens sont moins méfiants que les touristes et les provinciaux). Je suis retournée au travail afin de pouvoir récupérer mon téléphone professionnel et joindre mon mari pour qu'il puisse le plus rapidement possible appeler mon opérateur et bloquer la ligne. Le pauvre a passé toute la soirée à changer tous les identifiants d'achats en ligne et connexions divers. Une manoeuvre parfaitement inutile car au moment même où je déposais plainte au commissariat de la gare du nord, mon téléphone était déjà dans les mains d'un nouveau propriétaire.

J'ai ressenti de la peine, car je connais la valeur des choses et si je suis bien née, nous avons le sens de l'effort, du sacrifice et de la remise en question, nous travaillons dur depuis toujours pour avoir la vie que nous avons. "Travaillez, prenez de la peine, c'est le fonds qui manque le moins*."
J'ai ressenti de la tristesse, car je déteste les injustices.
J'ai ressenti de la haine pour Paris, son RER B, sa population, sa police, sa station Châtelet les Halles, mon travail...

Le lendemain mon mari m'a demandé si je voulais de nouveau acquérir un nouvel Iphone 6. Sans penser au risque que je pouvais me le faire voler de nouveau -la foudre tombe rarement deux fois au même endroit, j'ai refusé.
Parce que j'ai pu retrouver ma ligne téléphonique et un téléphone de la même marque (deux gammes en dessous, deux tailles en moins) qui me convient parfaitement, même si à cause d'un bug l'écriture de mes SMS est parfois très aléatoire orthographiquement!
Aussi, je me suis rendue compte que je ne suis vraiment pas attachée aux objets car je ne cherche pas à les remplacer à l'identique lorsque je ne les ai plus; si je n'avais pas hérité de l'ancien Iphone 5C de ma fille, un vieux Black Berry m'aurait convenu parfaitement.
A l'heure où j'écris ces lignes, je ne suis pas décidée à reprendre un nouvel Iphone 6S. Je ne retrouverai pas le plaisir que j'ai eu la première fois, lorsque je l'ai déballé et que je l'ai eu dans les mains. Je ne veux pas en reprendre un, car je serais donc blasée (sentiment guidé par le Marketting et le matérialisme) et je ne veux pas banaliser les objets quelque soit leur valeur.

Je suis devenue philosophe avec l'âge, je n'ai jamais été rancunière et j'essaye de trouver du positif aux mauvaises expériences de la vie, c'est ainsi que je grandis. C'est pourquoi je souhaiterais dire aujourd'hui à l'ordure qui a plongé sa main dans ma poche: "Je suis née Minimaliste et j'ai grandi Minimaliste. C'est une valeur avec laquelle je vieillirai et très cher Monsieur (ou Madame) c'est quelque chose que vous ne connaitrez jamais car ce geste impie vous a été guidé par des sentiments que vous ne maitrisez pas, dont vous ne connaissez certainement ni l'orthographe, ni le sens: l'envie, la paresse, la luxure et l'orgueil. Monsieur (Madame) je vous souhaite de continuer à survivre parmi vos pêchers."

*Jean de La Fontaine, Le Laboureur et ses enfants.

vendredi 29 janvier 2016

Revue de paquetage.

50 pièces été/hiver
Deux rangées du haut, achetées neuves.
Deux rangées du bas, achetées d'occasion.
J'ai commencé à acheter de la sape d'occasion le jour où j'ai vendu mon lave-vaisselle sur un site d'enchères. J'avais besoin de m'habiller correctement après mon deuxième accouchement en attendant de retrouver ma taille de jeune fille.
En 2004 je ne connaissais rien à la mode et pour moi entre les enseignes Made in China et la haute couture il n'y avait rien que le vide intersidéral. A l'époque je n'avais pas les moyens de m'y intéresser et mon mari n'y connaissait rien, le pauvre il n'avait aucun gout*. (*Sa mère l'habillait chez Leclerc. N.D.A.)
N'ayant pas accès aux marques des podiums, je me suis prise au jeu des enchères et acheté des fringues fabriquées en Asie. Des basiques en acrylique ou polyester sans caractère. Des choses sympas en boutique mais qui se transformaient en des choses immondes au fur et à mesure des lavages. Durant mon congés parental je ne sortais que pour récupérer la grande en maternelle, ça faisait le job comme on dit.


Un jour je suis allée me promener au Bazar de l'hôtel de ville et j'ai découvert qu'entre Promod Camaïeu et les défilés il existait un monde avec tout un tas de marques sympas! Un peu plus cher certes mais avec des pulls plus doux, des jeans qui tombent bien. Je suis rentrée chez moi, j'ai cherché sur ebay les marques que j'avais repérées et j'ai acheté des vêtements d'occasion 70% moins cher.
J'ai pu agrandir mon stock et essayer des tas de marques: Levi's, Diesel, Le temps des Cerises, Cop Copine, Lancel, Lonchamp... Chaussures ou sacs à mains je me suis retrouvée avec un dressing à en faire pâlir les modeuses! Je n'avais plus de place dans l'armoire alors j'ai ajouté un portant dans le bureau; j'ai possédé plus que ce que je pouvais porter dans toute une vie. Quand la forme ne me plaisait pas ou que la couleur était plus bizarre en vrai qu'en photo je renvoyais ou revendais dans la foulée, avec une petite marge qui me permettait d'acheter encore plus. Un turn off bien rodé qui a duré des années. 
Après cela impossible pour moi d'acheter neuf au prix fort. Combien ce pantalon à 49,90€ a -t-il été acheté? 4,9€? Combien pour les petites mains? 49 cents? Alors on nous vole de combien? Combien de litres de pétrole pour cette bouse? C'est bien avec du polyester qu'on fait des bouteilles plastique, nan? J'ai été sans pitié pour les marques industrielles. Sans parler des vendeuses de chez Zara qui se prennent pour Beyonce et qui se crêpent le chignon devant les clients... 

J'ai décidé de monter encore en gamme (Maje, Sandro, Zadig...) le jour où j'ai croisé dans la rue une jeune adolescente qui portait fièrement un t-shirt rose beaucoup trop petit pour elle. Un t-shirt que j'avais acheté à -60% au BHV -de la marque Diesel ou Lee Cooper, deux semaines auparavant... Je pensais avoir fait une bonne affaire, une autre avait eu la même idée que moi. Je suis rentrée, j'ai mis le t-shirt en vente et j'ai tiré un trait sur les grands magasins et le prêt à porter moyenne gamme. 
Au fil du temps, grâce au site d'enchères j'ai appris à connaitre des marques comme Chloé, Isabel Marant, Margaux Lonnberg ou Roseanna. Des marques de prêt à porter que je ne peux pas me permettre d'acheter neuves mais qui sont accessibles d'occasion. Et puis on porte toujours les mêmes vêtements alors autant qu'ils soient beaux, non? Alors j'ai décidé d'avoir peu mais plus cher et de meilleure qualité: posséder un pull à cent cinquante euros plutôt qu'une dizaine à 39€. Et surtout que je ne retrouverai pas sur le dos tout le monde. 

Je comprends l'engouement du shopping. On s'évade seule après le travail ou on flane avant un rendez-vous, on a besoin de se changer la tête, on se laisse tenter par une enseigne ou une promotion, on veut se faire plaisir, on essaye des vêtements, on se sent exister en achetant, on a envie de se trouver belle! Et quand on se promène entre copines l'excitation générale dope les achats souvent complètement superflus!
J'ai les mêmes envies que tout le monde, seulement je ne prends plus ma voiture pour aller dans le centre ville, je me connecte à ebay, vinted ou le boncoin. Je connais mon corps j'ai la chance qu'il ne change pas et sais exactement ce qui me va! J'achète les yeux fermés! 
Je suis devenue accro aux bonnes affaires: les filles qui se débarrassent et qui vendent pour rien, les annoncent qui finissent à pas d'heure et dont je demande le retrait de la vente (en invoquant une excuse bidon, voire une urgence farfelue), je négocie le prix systématiquement quand l'objet n'est pas vendu, je traque les objets dont les photos sont mal prises et qui ne se vendront pas... J'achète, puis je revends, je fais souvent des bénéfices, parfois des opérations blanches, je porte rarement les mêmes pulls d'une année sur l'autre et si dans un rayon de quinze kilomètres je croise le même pull que moi sur une fille, c'est que c'est la mienne.

A suivre. 


lundi 25 janvier 2016

Love me or leave me alone.


J'ai un avis bien tranché sur un certain nombre de choses. J'ai aussi parfois un avis mitigé, faute d'expérience ou de connaissance. Dans ce cas, je laisse mon entourage ou les experts s'exprimer librement, à moi ensuite de m'en saisir et de l'exploiter comme bon me semble. J'accepte que les autres aient des connaissances que je n'ai pas. Ca m'inspire et c'est complètement gratos!
Le zéro déchet est un concept facile: on consomme mieux, on gaspille moins et si tout le monde s'y met la terre continuera de tourner. Le minimalisme m'aide à gagner en confiance en moi: je ne m'encombre plus des choses inutiles tant sur le sens propre que sur le figuré. 

Globalement, que nous nous intéressions au zéro déchet, à la peinture sur soie, au système solaire ou au végétalisme, toute expérience et formation est enrichissante. Et quelque soit le temps qu'on accorde et à la force employée. Albert Einstein a dit "Je n'ai pas de talents particuliers, je suis juste passionnément curieux." 
Mon mari a appris à me connaitre: je me nourris sans cesse de connaissances, j'ai toujours des projets en tête. Et si je stagne un instant, j'ai peur de m'ennuyer je dois trouver quelque chose à inventer, une personne à rencontrer. Des spécialistes du mental diront surement que c'est pour fuir quelque chose. Ma soeur est très handicapée je vis pour deux. Voilà.
Depuis seize ans j'ai fait trois ans d'art dramatique, un trimestre en diététique, de l'acupuncture. J'ai écrit trois scénarios, appris la tapisserie, créé des personnages virtuels, fait du doublage audio, couru des semi marathons... et ipso facto rencontré des gens incroyablement intéressants à tous les niveaux et jusqu'aux hautes sphères. 
A côté de ça j'ai des défauts, je suis nulle en maths, je n'aime pas l'administration française, je ne bois pas de whisky, je n'ai pas de force dans les bras, je n'aime que le noir, j'ai une peau mixte, je suis franche et incisive, je déteste les chaines d'informations en continue, je suis très indépendante, mystérieuse, insaisissable, je peux mal parler comme un garçon, j'ai horreur des gens en retard, tordus, cons, sales, impolis..
Mes amis ont connu toutes mes aventures de près ou de loin, pensent de moi que je suis une aventurière. Et tant mieux si je m'épanouis dans l'étude des mammifères marins, la poterie ou que j'achète mes céréales en vrac dans un ancien foulard. J'ai toujours des choses à raconter et des expériences à partager. Jamais on me dira que le zéro déchet ne sert à rien puisque ce n'est pas prouvé scientifiquement, l'OMS n'a pas déclaré que c'était dangereux pour la santé. Il me rend heureuse et enrichit -et divertit tout le monde, par effet de ricochet autour d'une coupe de champagne. 
Aux questions indiscrètes ou malsaines, je réponds par un mensonge, je rajoute des caisses, je grossis le trait. Je tords le cou aux curieux qui ont des vies sans intérêt. Qui fantasment sur la vie des autres. 
Tu ne prends pas de poisson?/Tu es végétarienne?/Tu fais régime peut-être?-> Je suis barbouillée et j'ai peur pour ta moquette/tes chaussures
Pourquoi bois-tu un café dans une tasse en verre? -> A cause du BPA j'ai un 3e téton, tu veux voir?
Pourquoi fais tu tes courses avec un sac en tissus? -> c'est un deal avec WWF en échange ils financent ma bouffe.

Ou bien je souris, je soupire, je prends un air bête et je tourne les talons.
Le silence punit l'insolence.


A suivre.

mercredi 20 janvier 2016

50 shades of waste

En vingt jours j'ai cumulé cinquante grammes de déchets non recyclables et non compostables.
J'ai voulu connaitre le volume de mes ordures ménagères à mon échelle durant un mois afin de me rendre compte comment je consommais, ce que je pouvais changer sur du moyen puis sur du long terme. Et puis surtout ensuite, aider ma famille à moins produire de façon individuelle puis tous ensemble plus tard, collectivement.

J'ai commencé le premier janvier, j'étais sur les starting blocks avec la ferme intention de ne pas mettre mes mégots de cigarettes dans le bocal. Ni dans mes poches de jeans, ni dans aucune poubelle. L'aventure commençait avec l'arrêt du tabac, si je veux virer la poubelle à la fin de l'année, il faut me désintoxiquer. Arrêter les déchets c'est arrêter de fumer, c'est logique.
Alors forcément quand le bocal trône dans la cuisine et que son regard se pose automatiquement dessus quand on rentre dans la pièce et ce, vingt fois dans la journée, on a un léger rictus au moment même où on refuse de la main le fameux rocher au chocolat des ambassadeurs.
Les premiers jours j'y ai mis mes emballages de patch à la nicotine, tout allait bien. Pas de cigarette, donc pas de café, pas de gobelet de distributeur, pas de chewing-gum, les rituels s'envolent et les déchets avec.
Vient ce treizième jour où je suis partie chez Emmaüs déposer tout un tas de choses. J'étais de retour aux alentours de treize heures, l'enseigne de la junk food s'est dressée au dessus des toits; végétarienne non, minimaliste oui, sans prise de tête carrément. La voiture s'est engagée dans la ligne du drive.
"-Un menu machin, voilà, le plus grand que vous ayez. -Frites coca? -Parfait!"
J'avais scellé mon sort en un mot. La faim a parlé en mon nom, terminé bonsoir.
Je ne prends jamais de soda. Parce que c'est de l'eau et de la poudre leur truc, je le sais, j'y ai travaillé. D'ailleurs je l'ai dit cent fois aux enfants. Mais bon sang de merde Marie, c'est de l'eau gazeuse que tu prends d'habitude!
J'ai quand même bu la totalité de la boisson pour ne pas gâcher, la prochaine fois je ne prendrai rien. On ne m'y prendra plus.

Le second déchet est un emballage de sucette. Six mois qu'elle collait dans le fond du placard, une belle sucette gout banane avec un scorpion au milieu. Pour ne pas la jeter je l'ai mangée.
Puis j'ai reçu un paquet avec du ruban adhésif, je me suis achetée une coque de téléphone, j'ai découpé deux étiquettes de vêtements qui me grattaient ou qui faisaient moche, j'ai utilisé ma cup, j'ai accepté un chewing gum sans emballage que je n'ai pas avalé, j'ai mangé une pomme sur laquelle il y avait deux étiquettes, j'ai eu très mal à la tête et au ventre, j'ai mangé deux pralines gianduja, j'ai arrêté les patchs et fumé deux cigarettes. Les déchets passent mais ne se ressemblent pas.

Il y a eu ce pot de départ au travail. J'y étais depuis la veille, mon bocal de soupe vide était dans mon sac, j'ai participé à la fête et bu un café dans mon contenant sous le regard curieux de mes collègues. Personne ne m'a rien demandé, dommage.

Cinquante grammes de déchets ce n'est rien par rapport à la moyenne.
Cinquante grammes de déchets c'est le poids total d'une poubelle pour quatre pour six mois.
Ma façon de consommer ne ressemble à aucune autre, je ne peux pas comparer.
Je ne peux pas oublier tous les efforts déjà faits, les habitudes acquises depuis plusieurs mois. Je me force à le dire tous les jours: "C'est déjà génial, si sept milliards d'habitants étaient à 50g de déchets par mois..."
Je n'ai pas le droit de culpabiliser pour un emballage de sucette ou d'avoir soulager des douleurs menstruelles. Et j'arriverai à arrêter de fumer, c'est certain. Parce que je crois en moi.
Ces vingt jours confirment que je ne suis pas une grande consommatrice. Je le savais, c'est dans ma nature. J'ai réussi à refuser des choses, certaines ont été presque inévitables mais je les connais maintenant et je vais les éviter.

Je me rends compte que je suis rentrée dans une compétition avec moi-même -et le reste de la famille et le monde entier, qui n'a pas lieu d'exister. On ne passe pas du petit bassin aux championnats du monde de natation en un an. Il faut des années de travail et de remises en question. Il faut se laisser du temps, accepter des échecs.
Si on rate ce moment, on essai celui d'après. Si on échoue on recommence l'instant d'après. On a toute la vie pour réussir.

A suivre.




mercredi 13 janvier 2016

Maintenant ou jamais.

Le concept du zéro déchet implique principalement de réutiliser les choses dont on ne se sert pas et ipso facto de réparer celles qui sont cassées et de détourner des objets de leur fonction.
Depuis que j’ai nettement diminué le volume de nos déchets j’ai augmenté sensiblement le volume de tout un tas d’autres choses sans intérêt au premier abord, voire ridicules et plongé à corps perdu dans le do it yourself. « Ce vieux pyjama tout déchiré pourrait un jour laver ma vaisselle… Je vais le garder !»
Chutes de tissus et de tulle (sacs en tissus, tawashi, bouillote sèche, lingettes démaquillantes, mouchoirs, chiffons) brosses à dents (nettoyer, gratter, brosser), bocaux en verre (stocker), écorces d’agrumes (désodoriser), rubans, lacets et liens divers (sacs de vrac), magazines et journaux (emballages), enveloppes utilisées (envois futurs), boites chaussures vides (colis postaux), draps anciens (sacs), pelotes de laine (balles séchantes) etc. Un volume d’objets pouvant être réutilisés a donc remplacé des déchets polluants et parfois non recyclables mais a envahi plusieurs rangements de la maison. A force de cumuler tout un tas de choses qui attendent de trouver potentiellement une seconde vie, le spectre du au cas où plane désormais au-dessus de mon toit. Fervente adepte de la notion qui suit, il est important que je me sorte de ce cercle vicieux de tout garder pour ne plus jeter car selon moi, même si ces deux concepts sont intimement liés ils ne peuvent cohabiter (longtemps).

Le concept du minimalisme implique principalement de se contenter de peu, de préférer de beaux objets de qualité dont on ne se lasse pas et qui durent plus longtemps.
Je désencombre depuis quatre mois, j’ai fait sortir de la maison plus de cinq cents objets sans jeter, j’ai mis au recyclage des documents qui font partie de mon passé, j’ai vendu des vêtements que j’aimais bien mais que je ne portais pas, je dois avoir dix livres, une paire de draps pour chaque lit, deux sortes d’assiettes et sept culottes. J’utilise trois produits naturels et écologiques pour laver l’ensemble de la maison. J’ai peu d’amis, tri régulièrement les photos dans mon téléphone, achète volontiers d’occasion, me contente du minimum pour manger et tente d’être heureuse tous les jours avec ce que la vie m’offre de petits kifs.

Je n’ai pas l'utilité de vingt bocaux, une dizaine suffisent. Je trouverai toujours un vieux vêtement à transformer en tawashi au moment venu.  Je n’ai besoin que de trois sacs en tissus pour les légumes et trois plus petits pour l’épicerie sèche, un panier en osier convient parfaitement pour les courses de la semaine. J’ai trois flacons de désinfectants au citron, le vinaigre d’alcool seul suffit j’ai juste besoin de le sortir du tiroir, cinq enveloppes déjà utilisées couvriront largement ma correspondance tout un semestre, un seul journal me permet de fabriquer six sacs cadeaux, mes magazines remplaceront les reliques de salles d’attente, je ne ferai sans doute jamais les confitures moi-même dans ma prochaine vie, les bocaux doivent être recyclés.


Toutes ces choses que l’on garde en bonne conscience pour ne pas jeter, toutes ces choses que nous cumulons et qui nous encombrent pour de futurs probables DIY  ou home made et bien ces choses doivent remplacer ou réparer sur le champ ou disparaître car nous n’avons pas assez de toute notre vie pour toujours tout cumuler et transformer. Et le concept même de la simplicité volontaire telle que l’a décrite Epicure il y a plusieurs siècles: la Vie c’est maintenant ou jamais.