En vingt jours j'ai cumulé cinquante grammes de déchets non recyclables et non compostables.
J'ai voulu connaitre le volume de mes ordures ménagères à mon échelle durant un mois afin de me rendre compte comment je consommais, ce que je pouvais changer sur du moyen puis sur du long terme. Et puis surtout ensuite, aider ma famille à moins produire de façon individuelle puis tous ensemble plus tard, collectivement.
J'ai commencé le premier janvier, j'étais sur les starting blocks avec la ferme intention de ne pas mettre mes mégots de cigarettes dans le bocal. Ni dans mes poches de jeans, ni dans aucune poubelle. L'aventure commençait avec l'arrêt du tabac, si je veux virer la poubelle à la fin de l'année, il faut me désintoxiquer. Arrêter les déchets c'est arrêter de fumer, c'est logique.
Alors forcément quand le bocal trône dans la cuisine et que son regard se pose automatiquement dessus quand on rentre dans la pièce et ce, vingt fois dans la journée, on a un léger rictus au moment même où on refuse de la main le fameux rocher au chocolat des ambassadeurs.
Les premiers jours j'y ai mis mes emballages de patch à la nicotine, tout allait bien. Pas de cigarette, donc pas de café, pas de gobelet de distributeur, pas de chewing-gum, les rituels s'envolent et les déchets avec.
Vient ce treizième jour où je suis partie chez Emmaüs déposer tout un tas de choses. J'étais de retour aux alentours de treize heures, l'enseigne de la junk food s'est dressée au dessus des toits; végétarienne non, minimaliste oui, sans prise de tête carrément. La voiture s'est engagée dans la ligne du drive.
"-Un menu machin, voilà, le plus grand que vous ayez. -Frites coca? -Parfait!"
J'avais scellé mon sort en un mot. La faim a parlé en mon nom, terminé bonsoir.
Je ne prends jamais de soda. Parce que c'est de l'eau et de la poudre leur truc, je le sais, j'y ai travaillé. D'ailleurs je l'ai dit cent fois aux enfants. Mais bon sang de merde Marie, c'est de l'eau gazeuse que tu prends d'habitude!
J'ai quand même bu la totalité de la boisson pour ne pas gâcher, la prochaine fois je ne prendrai rien. On ne m'y prendra plus.
Le second déchet est un emballage de sucette. Six mois qu'elle collait dans le fond du placard, une belle sucette gout banane avec un scorpion au milieu. Pour ne pas la jeter je l'ai mangée.
Puis j'ai reçu un paquet avec du ruban adhésif, je me suis achetée une coque de téléphone, j'ai découpé deux étiquettes de vêtements qui me grattaient ou qui faisaient moche, j'ai utilisé ma cup, j'ai accepté un chewing gum sans emballage que je n'ai pas avalé, j'ai mangé une pomme sur laquelle il y avait deux étiquettes, j'ai eu très mal à la tête et au ventre, j'ai mangé deux pralines gianduja, j'ai arrêté les patchs et fumé deux cigarettes. Les déchets passent mais ne se ressemblent pas.
Il y a eu ce pot de départ au travail. J'y étais depuis la veille, mon bocal de soupe vide était dans mon sac, j'ai participé à la fête et bu un café dans mon contenant sous le regard curieux de mes collègues. Personne ne m'a rien demandé, dommage.
Cinquante grammes de déchets ce n'est rien par rapport à la moyenne.
Cinquante grammes de déchets c'est le poids total d'une poubelle pour quatre pour six mois.
Ma façon de consommer ne ressemble à aucune autre, je ne peux pas comparer.
Je ne peux pas oublier tous les efforts déjà faits, les habitudes acquises depuis plusieurs mois. Je me force à le dire tous les jours: "C'est déjà génial, si sept milliards d'habitants étaient à 50g de déchets par mois..."
Je n'ai pas le droit de culpabiliser pour un emballage de sucette ou d'avoir soulager des douleurs menstruelles. Et j'arriverai à arrêter de fumer, c'est certain. Parce que je crois en moi.
Ces vingt jours confirment que je ne suis pas une grande consommatrice. Je le savais, c'est dans ma nature. J'ai réussi à refuser des choses, certaines ont été presque inévitables mais je les connais maintenant et je vais les éviter.
Je me rends compte que je suis rentrée dans une compétition avec moi-même -et le reste de la famille et le monde entier, qui n'a pas lieu d'exister. On ne passe pas du petit bassin aux championnats du monde de natation en un an. Il faut des années de travail et de remises en question. Il faut se laisser du temps, accepter des échecs.
Si on rate ce moment, on essai celui d'après. Si on échoue on recommence l'instant d'après. On a toute la vie pour réussir.
A suivre.
mercredi 20 janvier 2016
mercredi 13 janvier 2016
Maintenant ou jamais.
Le concept
du zéro déchet implique principalement de réutiliser les choses dont on ne se
sert pas et ipso facto de réparer celles qui sont cassées et de détourner des
objets de leur fonction.
Depuis
que j’ai nettement diminué le volume de nos déchets j’ai augmenté sensiblement
le volume de tout un tas d’autres choses sans intérêt au premier abord,
voire ridicules et plongé à corps perdu dans le do
it yourself. « Ce vieux pyjama
tout déchiré pourrait un jour laver ma vaisselle… Je vais le garder !»
Chutes de
tissus et de tulle (sacs en tissus, tawashi, bouillote sèche, lingettes
démaquillantes, mouchoirs, chiffons) brosses à dents (nettoyer, gratter,
brosser), bocaux en verre (stocker), écorces d’agrumes (désodoriser), rubans,
lacets et liens divers (sacs de vrac), magazines et journaux (emballages), enveloppes
utilisées (envois futurs), boites chaussures vides (colis postaux), draps
anciens (sacs), pelotes de laine (balles séchantes) etc. Un volume d’objets pouvant être réutilisés a donc remplacé
des déchets polluants et parfois non recyclables mais a envahi plusieurs
rangements de la maison. A force de cumuler tout un tas de choses qui attendent
de trouver potentiellement une seconde vie, le spectre du au cas où plane désormais au-dessus de mon toit. Fervente adepte de
la notion qui suit, il est important que je me sorte de ce cercle vicieux de tout garder pour ne plus jeter car
selon moi, même si ces deux concepts sont intimement liés ils ne peuvent
cohabiter (longtemps).
Le
concept du minimalisme implique principalement de se contenter de peu, de
préférer de beaux objets de qualité dont on ne se lasse pas et qui durent plus
longtemps.
Je
désencombre depuis quatre mois, j’ai fait sortir de la maison plus de cinq
cents objets sans jeter, j’ai mis au recyclage des documents qui font partie de
mon passé, j’ai vendu des vêtements que j’aimais bien mais que je ne portais
pas, je dois avoir dix livres, une paire de draps pour chaque lit, deux sortes
d’assiettes et sept culottes. J’utilise trois produits naturels et écologiques
pour laver l’ensemble de la maison. J’ai peu d’amis, tri régulièrement les
photos dans mon téléphone, achète volontiers d’occasion, me contente du minimum
pour manger et tente d’être heureuse tous les jours avec ce que la vie m’offre
de petits kifs.
Je n’ai pas
l'utilité de vingt bocaux, une dizaine suffisent. Je trouverai toujours un vieux
vêtement à transformer en tawashi au moment venu. Je n’ai besoin que de trois sacs en tissus
pour les légumes et trois plus petits pour l’épicerie sèche, un panier en osier
convient parfaitement pour les courses de la semaine. J’ai trois flacons de
désinfectants au citron, le vinaigre d’alcool seul suffit j’ai juste besoin de
le sortir du tiroir, cinq enveloppes déjà utilisées couvriront largement ma
correspondance tout un semestre, un seul journal me permet de fabriquer six
sacs cadeaux, mes magazines remplaceront les reliques de salles d’attente, je
ne ferai sans doute jamais les confitures moi-même dans ma prochaine vie, les
bocaux doivent être recyclés.
Toutes
ces choses que l’on garde en bonne conscience pour ne pas jeter, toutes ces
choses que nous cumulons et qui nous encombrent pour de futurs probables DIY
ou home made et bien ces choses doivent
remplacer ou réparer sur le champ ou disparaître
car nous n’avons pas assez de toute notre vie pour toujours tout cumuler
et transformer. Et le concept même de la simplicité volontaire telle que l’a décrite
Epicure il y a plusieurs siècles: la Vie c’est maintenant ou jamais.
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dimanche 10 janvier 2016
Promenons-nous.
Françis
adore se promener. Toujours partant pour découvrir de nouvelles odeurs ou des herbes
purgatives, il me devance toujours d'un mètre sur les chemins pédestres de la
forêt domaniale. D’habitude, je parcours les mêmes chemins en petite
foulée me concentrant sur ma respiration, les racines ou les flaques de boue.
Cette fois-ci j’ai eu envie de donner un autre sens à ma promenade et j’ai ramassé
tous les détritus que j’ai croisés sur notre chemin et le fossé. J’ai rempli
mon sac. J’ai pensé prendre un sac poubelle la prochaine fois, mais une fois
rempli je n’aurai pas la force de le porter. J’ai tout trié une fois à la
maison.
La
première chose que j’ai ramassée a été ce briquet jaune, ont suivi des emballages
de bonbons, des canettes, des banderoles de courses à pieds, une couche sale,
des sacs plastiques, des morceaux de voitures, une bouteille d’eau, des lingettes...
J’ai
essayé de m’imaginer les quelques secondes précédant l’abandon de chacun de ces
déchets trouvant parfois des excuses aux coupables. L’homme n’est peut-être pas
aussi mauvais que je le pense. Le briquet est surement tombé d’une poche. C’est
dimanche, on fait une promenade dans la nature, on est bien, la vie est belle,
on s’allume une petite cigarette et pensant remettre son briquet dans la poche
arrière de son jean, il tombe par terre.
Tout un
tas de questions m’ont traversées la tête. Pourquoi les organisateurs de la
course n’ont ils pas pris soin de décrocher les banderoles nouées aux
branches ? Pourquoi jeter sa canette vide dans le fossé ? Pourquoi ôter
la couche sale des fesses de son enfant puis l’abandonner sur le côté? Pourquoi
n’ai-je ramassé qu’un seul mégot de cigarette ? Les fumeurs sont-ils plus
sensibles à l’écologie que les buveurs de soda ? Et si c’était le vent qui
charriait toutes ces saletés jusque dans la forêt ? Pourquoi la mairie ne
fait-elle pas nettoyer cette propriété plus souvent ? Suis-je la seule à
ramasser ces déchets ? Pourquoi est-ce que je m’emmerde à nettoyer les
déchets des autres ? Est-ce qu’on peut encore sensibiliser des gens qui
n’en ont rien à faire ?
Une chose
est sure, si ce n’est l’homme qui laisse toutes ces ordures dans la nature,
alors j’aurais trouvé des billets de banque, des pièces d’or ou des bijoux.
Cette
forêt est à l’image de la société actuelle: l’homme consomme très rapidement
puis il se débarrasse.
Je
retournerai dans cette forêt avec Françis parce que nous adorons nous y
promener et dans la poche c’est sur il y aura un sac.
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vendredi 8 janvier 2016
L'obsession du bocal.
![]() |
| Une semaine de déchets. |
Afin d'arriver au purgamentum at minima j'ai décidé de mener durant un mois une expérience sur ma propre consommation. J'ai commencé à garder les déchets non recyclables et non compostables que j'ai produits depuis le premier janvier. Après trente et un jours de stockage, je verrai les points à améliorer, les habitudes à changer, les emballages à refuser. En ayant une vue d'ensemble sur ma propre consommation, je pourrai accompagner les autres membres de la famille dans leur propre démarche de réduction des déchets et arriver peut-être à une disparition complète ou au moins à une très nette réduction d'ordures ménagères.
La seconde démarche et la plus difficile selon moi, serait de ne plus jeter d'emballages recyclables. C'est une zone de confort que tout le monde connait, la bonne conscience collective, on se sent "éco-responsable" lorsqu'on on choisit un emballage recyclable. Certains se disent même déjà faire beaucoup pour la planète! Certes mais "le meilleur déchet reste celui qu'on ne produit pas" à fortiori qu'on ne consomme pas. Pour y arriver il faut changer ses habitudes et nous avons toute l'année pour réussir.
Voici les acquis et les objectifs de la maison.
Beaucoup d'emballages et de déchets ont déjà disparus cette année de la poubelle ménagère et de recyclage car j'ai trouvé des alternatives écologiques et peu couteuses:
-les lingettes assouplissantes
-les éponges
-les mégots de cigarette
-les désodorisants/assainissants de toilette
-les poussières de séchoirs à linge (composteur)
-les restes de nourritures (Françis)
-les ongles et les cheveux (composteur)
-les cotons et les mouchoirs (composteur)
-le distributeur de savon pour les mains
-les emballages individuels de lessive
-flacons de shampoing/gel douche
-flacon liquide vaisselle
-les épluchures de fruits et légumes sont compostées ainsi que les coquilles d'oeufs.
-le rouleau vide de PQ et d'essuie-tout
-les flacons anti-calcaire salle-de-bain/fer à repasser
-le flacon de savon pour les sols
-le flacon spray nettoyant multi surfaces
Mes acquis personnels de l'année:
-démaquillant pour les yeux home made
-mon mascara home made
-mon dentifrice home made
-adoption de la cup
90% de ma garde-robe est de seconde-main. Je m'habille d'occasion depuis 2004.
Les points accessibles à améliorer collectivement cette année:
-investir dans des brosses à dents 100% compostables
-refuser systématiquement les plastiques pour les fruits
-acheter viande et fromage dans des contenants
-refuser sacs plastiques
-privilégier les achats d'occasion
-faire des yaourts maison
-préparer les gouters maison
-acheter les céréales en vrac
-acheter des coton-tiges compostables
-piles rechargeables
-carafes d'eau avec filtre
-détergeant lave-vaisselle
Il y aura des batailles difficiles. Remplacer ou renoncer à certains objets me parait d'ores et déjà compliqué pour certaines personnes de la famille:
-le sopalin
-les mouchoirs
-dissolvant vernis à ongle
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